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Courrier des lecteurs
Les impacts du projet d’expansion du Port de Montréal à Contrecœur, comment s’y retrouver?

Laurie-Anne Dansereau
Citoyenne de Contrecœur

L’intérêt de ce texte d’opinion est de partager publiquement les inquiétudes et les préoccupations relatives au projet d’expansion du port de Montréal à Contrecœur. La construction et l’exploitation de ce terminal auront des impacts significativement élevés sur la santé des citoyens et citoyennes ainsi que sur celle des écosystèmes connectés au fleuve, incluant de nombreuses espèces végétales et animales menacées par ce projet.

Mes observations portent essentiellement sur les lacunes sévissant au niveau de la transparence de l’APM vis-à-vis la population, particulièrement en ce qui a trait au rapport d’évaluation environnemental publié à ce sujet.

Que vous soyez citoyens/citoyennes de Contrecœur ou non, si vous êtes préoccupé(e)s face aux enjeux et impacts environnementaux relatifs au projet et que vous voulez en savoir davantage, l’information est difficilement accessible. Après un certain moment de recherche, il est possible de trouver le rapport d’évaluation environnementale disponible dans l’un des onglets sur le site web de l’APM. Si vous êtes intéressé(e)s à consulter ce rapport, attachez votre tuque, il contient un total de 889 pages. Sur près de 900 pages, 250 pages portent réellement sur l’analyse des impacts. Le reste porte essentiellement sur la présentation de l’organisation et du projet en incluant des notions relatives au contexte physique et humain, avec un bon nombre de justifications. Je résume ça grossièrement, mais le point à soulever est que pour un citoyen ou une citoyenne voulant s’informer concrètement (et simplement!) des impacts et risques relatifs au projet, c’est assez compliqué!

Il faut d’abord vouloir questionner les retombées (économiques, sociales et environnementales) du projet malgré les nombreux efforts investis pour convaincre la population qu’il n’en ressortira que des points positifs. Il faut ensuite avoir du temps et de l’énergie pour rechercher la documentation détaillée portant sur les impacts. Il faut ensuite ne pas abandonner devant un rapport de 900 pages, et il faut en plus essayer de comprendre les nombreux termes et concepts employés pour justifier les critères d’évaluation utilisés tout au long du processus. Rien que de chercher la section ‘’analyse d’impacts’’ dans le rapport, j’ai eu le temps de vouloir lâcher prise. L’analyse d’impacts porte sur le milieu physique, le milieu biologique et le milieu humain. Un volet de cette analyse porte sur les préoccupations des peuples autochtones.

En ce qui me concerne, en tant que biologiste et présentement étudiante à la maîtrise en sciences de l’environnement, j’étais particulièrement intriguée par l’analyse d’impacts sur le milieu biologique. Pour tous les types d’analyses, les sections comportent une énorme quantité de tableaux et de paragraphes. C’est facile de s’y perdre. Afin de présenter les divers niveaux d’importance relatifs à chaque impact, le rapport utilise des tableaux nommés Bilans d’impacts dans lesquels sont évalués les différents enjeux à l’étude. L’évaluation est réalisée selon des indicateurs tels que la valeur environnementale du sujet impacté (ex. : poissons, oiseaux) et le degré de perturbation de la phase (construction ou exploitation). Les niveaux d’importance de l’impact sont définis par des critères qualificatifs : très élevé, élevé, moyen, faible. Si vous prenez, par exemple, la valeur environnementale et que vous voulez savoir sur quoi se basent les critères d’évaluation de la valeur, vous devez aller chercher plus loin (ou moins loin, je ne sais plus, je me suis perdue dans les sections) pour consulter les barèmes définissant les niveaux de valeurs. Ces valeurs sont établies en partie selon une approche d’analyse socio-économique. Autrement dit, si la perchaude n’est pas (encore) en voie de disparition et qu’elle ne possède pas une valeur marchande élevée, on s’en tape. L’espèce n’est pas importante d’un point de vue économique alors la valeur environnementale sera faible. Si le père de mon voisin part avec sa chaloupe quelques fois pendant l’été pour amener ses petits-enfants sur le fleuve et qu’ils aiment pêcher la perchaude, est-ce que ça compte? Si la perchaude a une valeur intrinsèquement liée à l’équilibre de l’écosystème, est-ce que ça compte? « Peu importe, de toute façon, on a des mesures d’atténuation! On va subventionner des organismes de recherche, on va relocaliser des zones de productivité, on va diminuer nos activités pendant une période de reproduction… » Et après, le fait de proposer des mesures d’atténuation, supposément miraculeuses, leur donne le droit d’inscrire la valeur ‘’faible’’ dans leur tableau Bilans d’impacts. De cette façon, en subventionnant un organisme qui étudiera éventuellement l’impact désastreux du passage de centaines de bateaux à proximité des îles de Contrecœur, ils peuvent affirmer que leur niveau d’impact est devenu négligeable. C’est moi ou bien on se fait complètement manipuler? Dans tous les cas, que ce soit fondé ou non, il y a un manque flagrant de transparence envers les citoyens et les citoyennes.

Ce projet mérite vraisemblablement une médiatisation adéquate, une réelle consultation publique basée sur des processus informatifs concrets (et non une supposée séance d’information dont la période de questions a principalement été mobilisée par des partenaires financiers venus encourager le projet) ainsi qu’une évaluation environnementale d’une portée beaucoup plus élevée, voire une évaluation du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement comme la loi le prévoit normalement.

 


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