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Le Contre-courant

Les chroniques de Katlitout
La petite fille qui aimait Stephen King

Auteure : Claudine Dumont

Le deuxième roman de Claudine Dumont, La petite fille qui aimait Stephen King, est une référence symbolique au titre La petite fille qui aimait Tom Gordon de cet auteur américain mondialement connu.

Le titre est accrocheur, on ne se le cache pas. Mais au-delà du titre, le récit révèle une écriture imagée, un souffle rapide. On est happé par le rythme effréné de ce petit roman de 180 pages qui se lit en quelques heures et dont l’histoire défie les lois de toute logique.

Émilie est différente des autres enfants. Au début, elle a 9 ans. Elle a des habitudes, des routines ancrées dans son quotidien dont il ne faut déroger sous aucun prétexte, une manière bien à elle de faire, emmurée dans son monde d’autiste. Elle ne tolère aucun contact. Elle adore sa sœur ainée, Julie, qui fait figure de mère auprès d’elle. Émilie a cependant ceci de particulier; elle est fascinée par tout ce qui touche de près ou de loin à Stephen King. Elle a lu Ça trois fois, les 1138 pages à l’endroit comme à l’envers, elle parle de Carrie, fait référence au roman Insomnie ainsi qu’à la série de huit tomes, La tour sombre.

Afin de survivre au divorce de leurs parents, Julie et Émilie passent l’été chez une tante à Madawaska, une ville Acadienne située dans le nord-est de l’état du Maine (petit clin d’œil ici aussi, puisque Stephen King est lui-même né dans le Maine). Elles y retourneront tous les étés. Pendant six ans. Jusqu’à ce que l’impensable se produise. Sous les yeux horrifiés de Julie, Émilie disparaîtra dans ce trou noir pour ne réapparaître que 38 heures plus tard. Cet événement tragique entraînera des conséquences dramatiques pour les deux sœurs. Sournoisement, des petits changements s’observent chez Émilie et Julie ne l’a reconnaît plus : «C’était le genre de petits détails auxquels je ne voulais pas accorder d’importance…Je ne voulais pas que mon cerveau enregistre tout ce qu’Émilie ne faisait plus comme avant, je ne voulais pas de preuves que ma petite sœur, celle que je connaissais par cœur, n’existait peut être plus.¹»

Puis apparaissent les cauchemars et les terreurs nocturnes, suivis par les douleurs à la tête et petit à petit, Émilie cesse de s’alimenter parce que tout qu’elle ingurgite finit par ressortir. Culpabilisant de ne pas l’avoir empêché de s’engouffrer, Julie cherche des solutions, impuissante, et veut à ce point sauver sa sœur qu’elle cache la situation à sa mère, absente et si fragile : «Je ne comprends pas. Je laisse ma sœur mourir parce qu’elle me le demande, parce qu’elle ne veut pas en parler. Peut-être parce que je ne peux concevoir de perdre le reste de complicité qui me lie à ce qui me reste d’elle. Peut-être que c’est ce que font les sœurs. Elles ne se laissent pas tomber. Sauf que je l’ai laissée tomber. Dans un trou. Je ne la laisserai pas tomber à nouveau. Nulle part. Jamais.²»

Lorsqu’Émilie commence à adopter des comportements étranges, Julie est terrifiée et doit finalement concevoir l’inconcevable : «Je n’arrive pas à organiser mes idées, à faire fonctionner mon esprit pour comprendre ce qui arrive à Émilie. C’est comme essayer de faire entrer un objet carré dans un contenant rond. Ça semble impossible, ça défie les lois de la physique, les lois de ma logique.³»

Les phrases courtes de ce roman contribuent à donner le rythme au récit et le rend plus percutant, à l’instar de Stephen King qui s’éternise parfois dans des descriptions à n’en plus finir. Quoique très peu amateur du genre horreur/science-fiction de King, j’ai tout de même apprécié les petits clins d’œil de Claudine Dumont qui me donne l’impression d’être réellement fascinée par l’univers de cet auteur, parce qu’on y retrouve, ici et là, la petite touche du bizarre, voire de l’étrange et de l’invraisemblable qui caractérise si bien les œuvres de ce dernier.
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1. Claudine Dumont, La petite fille qui aimait Stephen King, p. 72
2. Claudine Dumont, La petite fille qui aimait Stephen King, p. 146
3. Claudine Dumont, La petite fille qui aimait Stephen King, p. 105

Kathleen Gaumont
Chroniqueuse littéraire

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