Sélectionner une page

Le Contre-courant

courrier

LeContrecourant.com est VOTRE média hyperlocal indépendant ! Vous avez des choses à dire à vos concitoyens ? Une annonce à diffuser ? N’hésitez pas à nous contacter !

redaction@lecontrecourant.com
facebook : @lecontrecourant.com
514 -702 – 1976

LeContrecourant.com se réserve le droit de ne pas publier une lettre d’opinion. Les propos qui s’y trouvent n’engagent en rien LeContrecourant.com, et ne représentent que l’opinion du signataire.

Courrier des lecteurs
« Arrêtez de justifier les féminicides par la souffrance des hommes ! » s’indignent les expertes en violence conjugale

Mardi matin, une douzaine de travailleuses des groupes de femmes de la Montérégie se rencontre pour aborder les féminicides. Le tour de table est rempli d’émotions : « Une autre femme a failli y passer. Elle a été violentée par son conjoint, tout près de nos bureaux… ». Elles affirment que les meurtres et les agressions subies par ces femmes sont le résultat désastreux de la violence conjugale, une prise de pouvoir des hommes sur les femmes.

Ces intervenantes ont choisi de consacrer leur quotidien à lutter contre les violences faites aux femmes. « On arrête jamais de penser aux femmes qu’on rencontre, on ne laisse pas ça [le travail] au bureau. ». Elles restent disponibles presque en tout temps pour répondre, le plus rapidement possible, aux femmes qui pourraient être en danger. « Malgré les femmes qu’on aide et qu’on permet de sécuriser, on vit beaucoup d’impuissance, il y en a plein qu’on ne pourra pas soutenir, tellement de femmes qu’on ne rencontrera jamais. La prévention et la formation sur la violence conjugale doivent se faire dans tous les milieux, mais nos cris du cœur ne sont pas toujours bien reçus. ». Selon elles, l’étiquette de « féministes enragées », c’est le prix à payer pour remettre en question les normes sociales et dénoncer les inégalités qui contribuent à perpétuer les violences faites aux femmes.

Elles portent en elles les vécus de milliers de femmes. Ces femmes, elles ont des noms : Léa, 8 ans, ne peut pas manger une banane à l’école primaire sans recevoir des commentaires à caractère sexuel par les garçons ; Julianne, 16 ans, a dû faire appel à la police lorsqu’elle a mis fin à la relation avec son copain alors qu’il la harcelait et menaçait de s’en prendre à elle et sa famille ; le conjoint de Mylène refuse la séparation et affirme qu’il préfère aller en prison que de vivre sans elle et leurs enfants ; lorsque Lucille a laissé son conjoint, il a passé une semaine à dormir dans sa voiture devant chez elle avec une arme et une cagoule.

Ces histoires, ces réalités, ne sont pas isolées. Elles sont trop nombreuses et ont toutes un point en commun : la prise de pouvoir d’un homme sur une femme.

Le Québec tout entier vient d’ajouter à son histoire d’autres noms* :

Elisapee, « tuée par son ex-conjoint violent deux semaines après qu’il eut été libéré sous caution ».

Marly, « tuée d’une balle à la tête (…) deux jours après avoir alerté la police de menaces de mort à son égard. »

Nancy, poignardée à mort (…) dans son logement (par son conjoint) de qui « elle avait peur ».

Sylvie et sa fille Myriam, « tuées sauvagement avec une hache par l’ex-conjoint de Myriam ».

Carolyne, « battue à mort par son conjoint ».

Nadège, « tuée à l’arme blanche par son conjoint ».

Rebekah, morte « après avoir été battue par son conjoint »

Kataluk, « tuée par son conjoint ».

Dyann, « tuée par son ex-conjoint ».

La vague médiatique actuelle reliant les féminicides à la détresse vécue par les hommes inquiète les expertes en violence conjugale : « […] lorsqu’on cherche à justifier ces meurtres [de femmes] par la souffrance des hommes, on est dans le champ ! On passe complètement à côté des causes réelles de la violence conjugale. ». De la souffrance, tous les êtres humains en vivent, mais tous ne tuent pas pour autant. La violence conjugale a une dynamique spécifique qui repose sur un rapport de contrôle exercé par un homme sur une femme. Ce contrôle, ils le justifient par la croyance que leur femme n’a pas le droit d’exister à l’extérieur de leur relation, qu’elle est leur possession.

« Tu vas me le payer »

« Tu n’as pas le droit de me faire ça à moi »

« Je ne te laisserai jamais me quitter »

« Tu es à moi, tu m’appartiens »

« Je préfère aller en prison plutôt que te laisser partir avec mes enfants »

« Aucun homme ne t’aura à part moi »

Tous les jours, ces phrases sont entendues par des femmes qui tentent de quitter leur conjoint. Ce qui est présenté comme le résultat de la souffrance vécue par les hommes est en réalité celui de relations inégales au sein desquelles les hommes refusent de perdre le pouvoir qu’ils ont sur leur conjointe ou ex-conjointe.

En mettant de côté l’emprise d’un conjoint violent sur sa femme et en expliquant la violence conjugale par ses difficultés personnelles, on expose les femmes à des risques.

« Je veux aller dans une petite ville où je vais pouvoir arrêter de boire, aider mes enfants et élever ma famille. Je vais commencer une nouvelle vie, je suis prêt à aller voir un travailleur social » (Le Devoir, 15 avril 2021), sont les paroles qui auront permis à l’ex-conjoint d’Elisapee d’obtenir, pour une 4e fois, sa libération conditionnelle après l’avoir attaqué avec une arme. Deux semaines plus tard, la mère de 4 enfants a été violemment assassinée par cet homme.

Ce n’est pas la détresse, la souffrance ni même la folie qui ont tué ces femmes. Ce sont des hommes, responsables de leurs actions, qui se sont permis la prise de pouvoir ultime sur autrui : le meurtre.

La prévention de la violence faite aux femmes, la valorisation des filles et des femmes, la lutte aux stéréotypes, l’amélioration de la condition féminine, la fin de la masculinité toxique et la responsabilisation des conjoints violents dans une approche féministe sont essentielles pour éliminer, une fois pour toutes, la violence conjugale et les féminicides.

Les groupes membres de la Table de concertation des groupes de femmes de la Montérégie (TCGFM) :

Accueil pour Elle, Association des femmes diplômées des universités (AFDU) Montérégie, APTS CISSS Montérégie-Est , CALACS Châteauguay, CALACS La Vigie, Carrefour pour Elle, Centre de femmes Com’Femme, Centre D’Main des femmes, Centre de femmes Autonomie en soiE, Centre de femmes du Haut-Richelieu, Centre de femmes Entre Ailes, Centre de femmes La Moisson, Centre de femmes La Marg’Elle, Centre de femmes L’Éclaircie, Centre de femmes L’Essentielle, Centre des femmes de Longueuil, Centre d’Orientation et de Formation pour Femmes en Recherche d’Emploi (C0FFRE), La Clé sur la porte, Conseil central de la Montérégie-CSN, Hébergement La Passerelle, Inform’elle, Maison d’Aide et d’Hébergement la Re-Source, Maison de la Paix, volet La Chaumière, Maison d’hébergement L’Égide, Maison Hina Inc., Maison Simonne-Monet-Chartrand, Options sans limite / Place à l’emploi, Pavillon Marguerite-de-Champlain, Quartier des femmes, Résidence Elle du Haut-Saint-Laurent, Ressources-Femmes de la région d’Acton, Transit Secours

*Les citations relatives aux féminicides citées proviennent d’articles de journaux.


Pour ne rien manquer des nouvelles hyperlocales du www.lecontrecourant.com, aimez notre page Facebook et inscrivez-vous au Contre-courriel !

Vous pourriez aimer aussi :

Share This