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Chronique Aventure
PLUS HAUT : l’ascension du mont Aconcagua

Un récit d’Anik Chagnon

Originaire de Contrecœur, Anik Chagnon y a vécu jusqu’en 1990. Désormais formatrice pour le Service correctionnel du Canada dans la région de Québec, madame Chagnon voue une véritable passion pour les montagnes et de toutes les formes d’activité physique. Depuis 2001, elle parcourt la planète à la recherche de nouvelles montagnes à grimper. LeContrecourant.com a invité Mme Chagnon à partager avec nous ses aventures.

6 962 mètres ou 22 835 pieds

J’ouvre les yeux. Je regarde ma montre. Il est 2h55, au cœur de la nuit. Léo, notre guide, nous a dit de nous lever à 3h30. J’entends le cliquetis des crampons contre la pierre à l’extérieur de ma tente. Je comprends qu’il y a d’autres grimpeurs qui sont déjà debout et qui se préparent à partir pour l’ascension finale. Eux aussi sont ici pour la même raison que moi. Atteindre le sommet de la plus haute montagne en Amérique; l’Aconcagua. Du haut de ses 6 962 mètres, l’Aconcagua est en fait le plus haut sommet en dehors de la chaîne de montagnes de l’Himalaya. Cette sentinelle de pierres fait partie de la couronne des sept sommets constituant la plus haute montagne de chacun des continents.

La Couronne des 7 sommets: la plus haute montagne de chaque continent.

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La vie en altitude

J’essaie de me rendormir, mais évidemment avec si peu de temps avant de me lever et avec les nœuds que j’ai dans le ventre, impossible! En plus, je me suis levée au moins 4 fois cette nuit, juste pour faire pipi. En altitude, on doit boire des quantités astronomiques d’eau et de liquide pour permettre au corps de ne pas déshydrater. Cette façon de faire est nécessaire à une bonne acclimatation. Avec seulement 40% d’oxygène à son sommet, l’Aconcagua fait partie des montagnes où il est difficile de simplement attacher ses bottes pour commencer à grimper. C’est d’ailleurs parce que la routine du matin à 6 000 mètres est longue et pénible qu’il faut se lever à 3h30 pour être prêt à 5h00; heure du départ pour l’ascension finale.

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L’acclimatation

L’ascension de l’Aconcagua se fait par étapes en raison du faible taux d’oxygène à mesure que nous montons. Nous assiégeons la montagne en établissant plusieurs camps à divers endroits stratégiques qui permettent de se reposer et de faire des allers-retours pour porter du matériel dans les camps supérieurs. À partir du moment où nous avons mis les pieds sur la montagne, 6 campements différents ont été établis; Pampa Lenas, Casa de Piedra, Plaza Argentina, le Camp 1 (qui n’a pas vraiment de nom), le camp Guanaco et enfin le camp Colera (qui rappelle la colère des vents, et non la maladie). C’est à ce dernier camp que je me trouve en ce moment.

Ne rien tenir pour acquis

Aujourd’hui, 23 janvier 2017, c’est notre tentative ultime pour atteindre le sommet. La nuit est calme, on annonce des vents assez faibles pour la montagne (de 30 à 40 km/h) et aucune précipitation n’est prévue. Je sais que ce sera une grosse journée. Le site internet de l’agence avec laquelle j’ai réservé ce voyage mentionne environ 16 heures de marche au total pour cette seule journée. J’ai beau avoir de l’expérience en montagne, m’être entrainée spécifiquement pour ce voyage durant environ 6 mois, être sur la montagne depuis déjà plusieurs jours; malgré tout, cette dernière section me fait peur. J’ai entendu toute sorte d’histoires concernant l’ascension finale. Des gens qui ont chuté, des gens qui ont dû redescendre en raison d’un œdème pulmonaire ou cérébral. J’ai un ami qui est venu ici en 2008 qui a dû rebrousser chemin malgré une météo parfaite. Il avait été incapable de poursuivre au-delà de 6600 mètres en raison du mal des montagnes. Ce mal sournois qui nous guette à chaque tournant.

4 h 50 AM

Je suis prête. J’attends les autres. Certains, comme moi, sont en avance. Les guides nous ont pourtant bien mis en garde. Les minutes précieuses où l’on reste dehors sans bouger sont déterminantes et pourraient bien être la cause de nos pieds gelés et de notre incapacité à aller plus haut. Il faut comprendre que dans une expédition de ce genre, on est constamment en plein air. On ne fait pas de feu le soir, on n’a pas de chaufferette dans la tente et durant la montée, nos vêtements et nos bottes sont les seuls éléments qui nous protègent des intempéries. Le soir venu évidemment, on dort sous la tente dans notre sac de couchage. C’est l’humidité pénétrante qui irrite le plus. Le fait de ne pas se laver dans un bon bain chaud aussi. Ça fait plus d’une semaine que je porte les mêmes vêtements.

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Je ne suis pas seule

Bon ça y est, il est environ 5h15 lorsque la caravane se met en route. Le chef d’expédition se place devant. Un guide expérimenté qui compte plus de 20 ans en montagnes, dont 9 expéditions sur l’Aconcagua. Ensuite, les participants et à la fin de la file, les deux autres guides; Manu, un ambulancier qui en est à sa 3e expédition sur l’Aconcagua et Éric, qui guide depuis longtemps des voyages de trekking en Asie. Nous sommes huit clients à nous être inscrits. Mon amoureux et moi. Alexandre et Rémi sont des amis qui se sont connus lors d’une expédition précédente et les quatre autres grimpeurs se sont inscrits en solo. Depuis bientôt trois semaines que nous sommes ensemble 24 heures sur 24. Nous avons appris à nous connaître, nous apprivoiser, nous avons découvert des affinités avec certains, une grande complicité avec d’autres. Bref, je crois que tout le monde s’apprécie beaucoup et je suis heureuse de faire partie de cette épopée. Je suis la seule fille du groupe. Cela a ses avantages; les gars veulent toujours transporter les charges les plus lourdes. Par contre, cela a aussi ses inconvénients; je dois faire pipi en me cachant de ces dix paires d’yeux.

Lentement mais surement

Nous progressons à pas de tortue. La pente est abrupte, couverte de pierres de différentes grosseurs. Des pierres qui roulent sous nos pieds et qui à l’occasion, nous font redescendre les précieux centimètres péniblement gagnés. Vers 8h30, nous prenons une première pause. J’ai les pieds gelés, surtout le droit. Je suis inquiète. Je sais qu’il me reste de longues heures à marcher encore, et si je ne me dégèle pas les orteils, et bien c’est foutu, je devrai redescendre. Mon chum m’ordonne de retirer ma botte et de placer mon pied sous son aisselle. Ça fonctionne. Je me réchauffe. Nous repartons.

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Une question de rythme

Le paysage est magnifique, la cordillère des Andes qui s’étale sous nos yeux. Plus le temps passe et plus les montagnes qui nous entourent rapetissent sous nos yeux. Le soleil est de la partie et nous permet d’être confortables. Je suis concentrée sur ma respiration et mes pas. Tout est question de rythme. Un pas, deux respirations. Ça peut sembler lent. Ce l’est! En fait, plus haut, je ferai même un pas pour trois respirations.

L’Amérique à mes pieds

Vers midi nous prenons une longue pause, buvons, mangeons et nous délestons du poids inutile de notre sac. Pour les 300 derniers mètres de dénivelé, nous ne trainerons que l’essentiel; vêtements chauds et un peu d’eau. Nous amorçons enfin la partie finale de l’ascension; la Canelata, section très pentue et technique. Je suis fébrile. Mais le travail acharné est loin d’être terminé. Trois heures d’ascension pénible, à m’arrêter toutes les cinq minutes, à pleurer de désespoir à tous les dix pas, à me battre intérieurement pour ne pas laisser le goût d’abandonner prendre le dessus. Mon discours intérieur est perpétuel. Il faut sans cesse que je m’encourage; comme une voix qui m’accompagne et m’incite à poursuivre. Nous sommes si près du but. Pas question de lâcher!

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La reine de la montagne

À un certain moment, j’aperçois Yves qui me laisse passer devant lui. Je me demande ce qui lui prend. C’est le plus fort de notre groupe. Il ne va pas abandonner maintenant! Je réalise alors qu’il me laisse passer, car il veut que je sois la première à atteindre le sommet. Tout au long de l’expédition, il m’a surnommé la « Queen » parce que je suis la seule femme. Et là, alors que nous nous apprêtons à faire nos derniers pas, les voilà tous ces hommes de mon équipe qui me traitent comme une reine…

Sommet

Le sommet

Je réalise que je suis au sommet au moment où j’aperçois la fameuse croix vue de nombreuses fois sur internet. À ce moment précis, je fonds en larme. Je me laisse tomber par en avant sur un rocher en appuyant ma tête sur mon avant-bras comme je l’ai fait si souvent depuis le début de la journée pour reprendre mon souffle. Je pleure. De fatigue, d’épuisement, de joie, de bonheur. Je pleure pour cette sensation, ce sentiment d’accomplissement! Il est 15h20. Je ne peux pas aller plus haut. Je ne peux plus monter. Je me tiens debout à côté de la croix avec mon amoureux, à 6962 mètres d’altitude et je regarde l’Amérique sous mes pieds!

(Dans la prochaine chronique: LE RETOUR AU PIED DE LA MONTAGNE)

Des racines bien ancrées dans la région

Malgré mon éloignement de Contrecœur, mes racines s’y trouvent. Mes parents et ma sœur y vivent toujours et je me fais un plaisir de vous présenter le commerce de ma sœur Guylaine, qui est aussi un de mes commanditaires :

Salon Brune et Blonde Coiffure
936 St-Antoine, Contrecœur
450-561-8575 / 514-605-0719

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